Cholila – Ushuaïa.
Samedi 27 décembre 2014.
Cholila – Ushuaïa / 1394 km.
Je me réveille à 5 heures. Manque de chance, tout est coupé, pas d’électricité, pas de wifi. Je piétine jusqu’à 6h30. Le papa de Pablo arrive. Il a des livraisons à faire avec sa machine et me propose de l’accompagner. C’est à 20 minutes de vol. Il doit amener du matériel dans un ranch avec son Cessna 180.
Un truc marrant : figurez-vous que vous connaissez tous leurs voisins. Réfléchissez bien. Qui habite à côté de l’Aerofishing lodge de Cholila ? Il s’agit d’un certain Florent Pagny. Eh oui, il a le terrain juste à côté et ils ont de très bonnes relations. Il est paraît-il d’une grande simplicité.
Je prends la météo. Je vais devoir traverser une importante zone de pluie qui part, selon l’image satellite, de plus en plus vers l’est au fil des heures. Mon ami Marc m’envoie également ses prévisions. Merci Marc. Il ne faut pas traîner. J’annule ma ballade avec le papa de Pablo. Nous décidons de décoller ensemble car Pablo veut prendre des photos. Elles sont d’une grande qualité. Je vous les mets ci-dessous car la vedette, celui qu’il faut féliciter, c’est lui, mon fidèle compagnon !
Dix minutes de vol au-dessus du lac, je les remercie chaleureusement pour tout et prend mon cap plein sud.
Il fait grand beau. Les cimes sont recouvertes de neige.
Je n’ai aucun contact radio durant les premières heures. Je ne peux même pas enclencher mon plan de vol. Les aérodromes sur ma route sont trop éloignés et ne me captent pas. Le bonheur. Le vent est de travers arrière. L’air est calme. Je navigue à plus de 260 avec quelques pointes à 300 km/h. Il y a des variations soudaines et importantes de vitesse sans que j’en comprenne les raisons. Les nuages montent, je monte aussi. Cela me rappelle un vol que nous avions fait avec mon ami Franckie et son VL3 vers l’île d’Oléron où nous étions aussi au-dessus de la couche à plus de 16’000 pieds avec la même vitesse. Tout est soudé en dessous. Je n’ai pas eu le temps de prendre mon petit déjeuner, je déguste une banane avec 2 coeurs de France. C’est Noël !
Le nuages montent, je suis containt de suivre. Je grimpe très difficilement avec l’aide de quelques ascendances et rejoins 19’000 pieds. Mon oxygène est vide, je ne suis pas parvenu à faire remplir la bouteille. Les 2 Pierre si c’était possible d’avoir le raccord pour le remplissage, ce serait chouette !! Il fait moins 13° dehors. J’ai froid malgré ma polaire et le chauffage au maximum. Je suis à la limite des nuages et en effleure parfois le sommet. Je finis par sortir de cette perturbation et profite pour redescendre un peu. Malheureusement pas beaucoup car la couche monte haut. Premier contact radio avec Rio Gallegos après 4 heures 45 de vol. J’entends un pilote qui a un accent français et qui va aussi à Ushuaïa. Il demande la piste en service, la dernière météo. Typique de la manière de piloter qui nous est propre en Europe, plus particulièrement en France. Je profite des informations données. Ici on ne vous dit pas grand chose. Il faut demander. J’ai presque envie de lui dire : appelez-moi sur 123,45 mais je m’abstiens.
Il n’y a pas beaucoup de trous pour traverser la couche. J’arrive très, très haut, à 8’587 pieds (2’600 m.) au-dessus de la piste car je n’ai pas pu descendre plus tôt. Je demande pour faire des 360° afin de perdre de l’altitude. Accordé. J’en profite pour faire des photos de la ville,
des environs
et du Canal de Beagle qui sert de frontière avec le Chili.
Il y a 2 pistes ici. Un aéroport international avec un service de police et de douane et une base aéronavale qui abrite également l’aéroclub d’Ushuaïa. Elles sont distantes de quelques centaines de mètres.
Les deux ont la même unité de contrôle aérien. Atterrissage en 25. Bien que le vent ne souffle pas très fort, il y a beaucoup de turbulences en finale. 6 heures de vol. Bien que je vienne de l’intérieur du pays, je dois me présenter aux deux services. La police m’attend d’ailleurs à ma place de parking. Un homme qui me tend la main et une jeune femme qui s’avance vers moi et me fait la bise. Touchant. Les gens sont très amicaux ici. Cela ne les empêche pas de me demander de voir ce que j’ai comme bagages. Fouille heureusement sommaire sous un vent glacial. Il fait 8° et je me demande soudain ce que je fais ici moi qui fuis le froid de l’hiver chez nous.
Je me retrouve à l’intérieur où il fait une chaleur étouffante pour les formalités de douane. Je ne sais pas comment mais nous nous reconnaissons tout de suite. Il s’appelle Christophe comme mon ami pilote d’Oman Air et il est au service d’un russe, propriétaire, entre autres, d’une équipe cycliste bien connue, qui ballade sa famille dans ce joli joujou. Il repart lundi sur Sao Paolo.
Je retourne vers ma modeste machine et demande l’autorisation de mettre en route puis de rouler. Il n’y a pas de taxiways ici, chaque avion doit remonter la piste lorsque c’est la 25 en service comme aujourd’hui. Heureusement que ce n’est pas la bousculade.
Je remonte sur 200 mètres et décolle en 100 avec un vent de 40 km/h. Virage à gauche, je passe vertical la piste où je vais me poser, vent arrière main gauche pour la 16. Le vent ici vient de travers et il faut se battre un peu pour poser l’avion en douceur. Ce sera définitivement mon vol le plus court. Mon ami Telmo a annoncé mon arrivée par téléphone. Comme partout les gens sont très gentils, serviables et accueillants. On m’amène à la station d’essence, on me donne une place dans un hangar et plus tard on me conduit à mon hôtel. J’explique que j’aimerais survoler demain le Cap Horn. Malheureusement ce n’est pas si simple. Il faut demander une autorisation aux chiliens et on ne s’y rend pas tout seul. Il y a un inspecteur qu’il faut aller prendre à Puerto Williams un peu plus loin et qui vous accompagne dans votre machine. Nous discutons de l’éventualité d’une réponse négative et du fait de s’y rendre « incognito », transpondeur coupé à 10 mètres de la surface de l’eau. On me le déconseille fermement. Je n’insiste pas. J’envoie tout de suite un mail à la DGAC chilienne. La réponse arrive 3 heures plus tard en espagnol et en anglais. C’est non.
Estimado Sr. Guilloud: Lamentablemente no es posible acceder a su solicitud para el día de mañana, ya que se requiere realizar las coordinaciones con la armada de Chile, el sector de Cabo de Hornos es una zona que requiere veedor, asunto que no podemos coordinar con tan poca antelación.
Saludos Cordiales
Ils n’ont pas un délai suffisant. Je pensais partir lundi mais j’ai fait à tout hasard une nouvelle demande pour le Cap Horn pour lundi. A suivre !
Le soleil se couche ici à 22 h et se lève à 4.











20 réponses à "Cholila – Ushuaïa."
Très belles photos de ton BB. On dirait qu’elles ont été prises par un professionnel de la publicité.
A te lire, le voyage semble avoir été plus aisé que je ne le supposais, même si plus de 19’000 pieds (même avec oxygène) et des variations de vitesse importantes m’impressionnent encore !
Et, l’huile, quel est le constat ?
Bonne suite et beaucoup de plaisir.
Tu remarqueras, cher Eric, que cette fois je ne t’ai rien dit pour ton récit qui t’amène à décoller en 100 après t’être posé en 25 ! Je sais, c’est pour contrôler que le lecteur est bien attentif. Mais qui ne le serait pas ? C’est trop prenant.
Éric remonte de 200 mètres et décolle sur 100 mètres ‘ avec le vent dans le nez, c’est même beaucoup, il doit être très chargé
;_)
Bien vu, alors au temps pour moi !
Tres belles photos de « bebe » il est magnifique et en plus c’est un vrai Hero !
tu est au bout du monde ! EPOUSTOUFLANT !
Nous sommes a Delémont chez MFB, ici tout est BLANC.
Amities. Jorge, Susy, Marie-France.
Presque Cap Hornier avec quelques passages au FL200 sans O2… terrible aviateur, tu as les neurones bien huilés ! Bravissimo, Ushuaia c’est pas n’importe quelle ballade de santé en ULM tout de même. On osera plus te dire qu’on a été faire un tour sur le Verdon ou en Corse
Je sens que ce Cap Horn va être ton cadeau de la nouvelle année.. Bise Didier
Hello Eric, tu fais une très belle pub pour le Dynamic WT9, une vraie « bête de course », mieux qu’un « avion de type traditionnel » !!!
Je ne sais plus quoi dire de ton exploit avec une si petite machine. Que celle-ci est belle en vol et surtout où sont faites les photos !
Une photo sous l’avion aurait permis de voir les traces d’huile…. mais cette série de clichés est extraordinaire, de netteté, de centrage et aussi avec le sourire du pilote !!!
Bon séjour et prends soin de toi. Sincères amitiés
Quel vol encore !
A mettre dans les annales (pas le plug )
Voler aussi haut sans oxygène, c’est quand même sportif !
Les photos de ta fidèle monture sont magnifiques; il a quand même belle allure
le Dynamic WT9 , et quel voyageur , quand il est bien mené par quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux .
Je savais que Forent Pagny avait une Estancia en Patagonie , mais maintenant je visualiserai bien l’endroit .
Dommage pour le Cabo de Hornos , peut être changeront ils d’avis ?
En tout cas , pour l’accueil , c’est le top ; place de hangar , accompagné à la station d’essence , hôtel , etc
Mieux qu’à Natal , Brésil , is’nt it ?
Vont vraiment se balader partout ces Russes , Ushuaïa !
Au moins il fait marcher le commerce celui là ; avion , pilote , entretien , etc plus son équipe cycliste qu’il entretient …, commence peut être par un « A » son équipe de rouleurs ? Entraineur Vino…
Profite bien de ce voyage extraordinaire , mais sois prudent quand même !
Amitiés , Alain
Non, elle commence par un T. Petit indice supplémentaire, Contador en est le leader.
Amitiés,
Totofe CDB F900LX M-TINK ( là je t’ai tout dit 😉 )
salut, il est super beau ton coucou, c’est quoi un ULM me demande les personnes à qui je dis de voir ton site. Alors cette perte d’huile stabilisée, elle sort bien de quelque part. Pas de trace sur l’hélice MT, elle est bien hydraulique? svp trouve un kit petit système de secours oxygène, ce serait bien pour tes neurones.
encore félicitations pour ce voyage au bout du monde. Un peu de repos svp ensuite repart au soleil. amitiés jc
Salut Eric
Très très belles photos de ton bébé en vol quelle classe le pilote et quelle beauté le paysage.
Merci pour ces coin merveilleux .
Amitiés
Patrice
Salut Éric, je suis Christophe le CDB du Falcon 900 M-TINK.
Quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai entendu un avion Fox en approche à Ushuaia et quand j’ai vu ce monomoteur se poser. Mes collègues mon demandé: « C’est quoi comme avion? » . Je connais mal les avions ou ULM nouveaux, j’en suis resté aux Jodel (j’ai un D140 Mousquetaire perso ). Fièrement, je balance sans en avoir la moindre idée: « C’est un dynamic WT9″ (j’en ai vu 1 un jour à Étampes et ça y ressemble fortement), en marchand vers le terminal, je me rends compte qu’il est en Fox. Je demande alors si le Pilote est toujours là et on me répond qu’il est à la douane. Je m’y rend et je rencontre une personne merveilleuse: Éric.
Tout de suite le courant passe (surtout de mon côté ), je suis émerveillé par son aventure et n’en revient pas. Comment un type seul (même si il a un AP) a le courage de se lancer sur l’Atlantique Sud, il n’a qu’1 seul moteur, j’en ai trois!!! Et je vole au FL450 avec un super radar qui me permet de slalomer entre les nombreux Cbs et les lignes de grains, surement pas lui.
Éric m’a dit : » Je suis un gros dingue ». C’est totalement FAUX, il a planifié son trip parfaitement et connaît bien ses limites.
Je suis Pilote depuis 31 ans, Professionnel depuis 26 ans, Pilote de Ligne/ CDB sur Jet d’affaire en 1999, TRI/FI. Personne, je dis bien PERSONNE, n’a pu me faire rêver autant qu’Eric hier. Un VRAI pionnier des temps moderne.
Bravo Éric et félicitations, je vais te suivre dans ton trip. En ces temps moroses nous avons tous besoin de rêves non?
Avec toute mon admiration et cette gentillesse avec laquelle nous avons pu discuter au bout du monde.
Porte toi bien, bon vols et à bientôt pour ton retour.
Christophe CHATELARD.
Eh bien en voila un qui t’a jugé tout de suite, il a vu juste. Tu es un mec formidable. Prends soin de toi. Tu ose voler comme les pionniers d’avant 1940, chose que le l’on peut plus faire en Europe avec toutes les restrictions des ciels des différents pays survolés, zones A, b,c,d,e,f,g, zit, asba, rtba, rapport d’infraction pour un survol d’usine, retrait de licence, ne voler que par beau temps car une visi faible fait peur, etc, etc. Pour moi, il faut oser, bien faire sa météo comme tu le fais, aller voir et si cela ne passe pas avoir son point de sortie programmé. A bientôt jc
En deux commentaires, tout est dit ma poule. Comme je disais: simply the best.
Allez, la bonne nouvelle, il ne faudra plus faire de plan de vol pour atterrir en zone non contrôlée en Belgique en venant de la zone Schengen, si ça peut mettre un peu de baume au cœur de gfeller 😉
Que voilà un merveilleux commentaire, au surplus d’une personne autorisée à peser ses mots. Si Eric veut en encadrer un, ce pourrait être celui-là. Grand merci pour lui. Je ne doute pas qu’il en sera autant ému que moi.
Bravo Eric et félicitations pour tes prouesses aéronautiques.
L’aviation légère avance grâce à des gens comme toi qui ose se lancer dans de telles aventures.
Bon vol et profites bien du Cap Horn. Claude GERARD
bonjour tout est si bien dit dans le message de christophe que je ne peux que dire bravo eric
Encore un vol extraordinaire, attention cependant au risque de manque d’oxygène a de telles altitudes. L’appréciation de Christophe est la bonne. Salut à toi « homme volant ». Qu’il est beau ton bébé!!
Comme l’ont précisé certains internautes ébahis par le trip de Mr Guilloud , le commentaire plus qu’autorisé de Christophe , de par ses compétences et son vécu en tant que pilote , cette aventure sur une machine si légère ,
est tout simplement extraordinaire …au sens réel du terme !