La Route du Rhum.
Mercredi 5 novembre 2014.
Madère – Lanzarote / 515 km.
Lever à 6 heures puis départ pour l’aéroport. Avec Christophe nous sommes très excités. Depuis hier nous savons que les bateaux de la Route du Rhum passent tout près de Madère et nous rêvons d’en croiser un. Nous voulions partir à leur rencontre hier après-midi mais nous nous sommes décidés trop tard et ils étaient encore loin. Ils avancent à plus de 30 noeuds et à l’aube les premiers sont déjà à plus de 100 nautiques. Les deux derniers vont passer à 40 nautiques tôt ce matin. Nous partons à leur rencontre. Nous trouvons leurs coordonnées géographiques exactes sur le site de la Route du Rhum. Après avoir chargé la machine, je les entre dans mon GPS puis demande l’autorisation de mettre en route. Accordé.
J’ai payé 25 euros de taxes d’atterrissage et de parking. J’explique au contrôle ce que nous allons faire. Partir d’abord vers l’ouest avant de virer pour rejoindre les Canaries. Je sollicite la permission de suivre la côte nord mais c’est refusé car des avions sont en finale pour la 05. Nous sommes donc contraints de longer à 1’000 pieds la côte sud. Comme le vent souffle à 25 noeuds du nord nous prenons tous les rouleaux derrière le relief et nous faisons très sévèrement secouer. Nous nous accrochons et ne savourons pas vraiment la vue des splendides falaises que nous longeons. Dix minutes plus tard nous quittons enfin la côte et pouvons nous détendre. Nous avons choisi de rejoindre le bateau « Oman sail » en 5e position. C’est une coïncidence incroyable vu que Christophe pilote pour Oman Air. Nous aimerions tant tous les deux pouvoir admirer un de ces montres de course perdus au milieu de l’immensité de l’océan. Je suis plus qu’en admiration devant le courage et la témérité de ces hommes. Je ne peux même pas imaginer comment ils osent se lancer dans une telle traversée seuls à bord. Quelle angoisse ce doit être de foncer à pleine vitesse la nuit sans rien voir cela sans compter la fatigue qui s’accumule au fil des jours. Ma future petite traversée me semble bien facile et même ridicule à côté du véritable exploit qu’accomplissent ces héros. Je suis vraiment en admiration.
Nous prenons le cap de la dernière position du bateau barré par Sidney Gavignet. Nous y parvenons 20 minutes après le décollage. Christophe me dit de prendre ensuite au 240 qui est le cap qu’ont suivi tous les bateaux. Je vire à gauche. Nous scrutons tous les deux l’horizon mais il n’y a que de l’eau à perte de vue. Nous aimerions tant pouvoir admirer une de ces bêtes de course en pleine mer mais nous nous disons que les probabilités sont très faibles. Pourtant 2 minutes plus tard l’oeil de lynx de Christophe aperçoit quelque chose. Et 5 secondes plus tard il me confirme que nous avons réussi. Nous hurlons de joie dans le cockpit. Nous sommes vraiment trop contents. Nous nous félicitons et rions ensemble de bon coeur. Victoire ! Le bateau vole littéralement sur l’eau. Il n’y a personne sur le pont lors de notre premier passage mais lors du second le skipper est sorti et nous fait de grands signes. Nous faisons de très nombreux passages pour filmer et prendre des photos. C’est extraordinaire et impressionnant de voir ce bateau filer ainsi à pleine vitesse. Malgré son gigantisme il paraît minuscule au milieu de l’immensité de l’océan. Nous faisons un dernier passage, nous lui faisons des signes frénétiques derrière la verrière et nous éloignons en inclinant les ailes à plusieurs reprises à gauche puis à droite. Nous espérons que nous lui avons apporté un tout petit peu de réconfort dans sa solitude l’espace de quelques instants. Pour nous ce fut une expérience fantastique et un souvenir inoubliable. Nous sommes super heureux et avons encore de la peine à réaliser ce que nous venons de voir.
Il nous reste 2 heures 35 de vol jusqu’aux Canaries. Nous devons attendre avant de monter car tout est bouché. Le temps s’améliore quelques minutes plus tard et nous grimpons au niveau 90 (9’000 pieds). Nous y trouvons un vent d’un bon 40 km/h qui nous porte à plus de 300 km/h.
Aircraft : Dynamics WT9
Tail number : F-JUKE
Date : 05/11/2014 11:38:00 UTC
Distance from start : 1651.9 Nm – 3059.8 km
Latitude : N 30° 14.32836′
Longitude : W 14° 54.06138′
Altitude: 9375 ft – 2857.7 m
Heading: 137.0°
Speed: 171.9 kts – 318.9 km/h
using an inReach beacon
www.sierraecho.fr
C’est le bonheur. Dessous la couche est bien soudée. A 40 minutes de notre destination, nous apercevons un trou. Je demande immédiatement au contrôle l’autorisation de descendre. Nous passons dessous et poursuivons notre route à 3’000 pieds. Nous traversons l’île jusqu’au point echo puis virons à droite pour rejoindre la vent arrière pour la piste 03. La manche à air est horizontale légèrement de travers. Atterrissage en douceur. 3 h 15 de vol. Welcome in Lanzarote. C’est l’île la plus au nord des Canaries. L’aéroport n’a pas d’Avgas. Nous prenons les réservoirs souples, partons louer une voiture puis chercher 100 litres d’essence. Nous retournons faire les pleins puis rejoignons Arrecife pour nous restaurer. Nous sommes impatients de voir ce que nous avons photographié et filmé. Malheureusement de très nombreuses photos sont floues. Je passe le reste de la journée à monter ma vidéo.
Merci infiniment à tous ceux qui me laissent un message. Cela me fait super plaisir et je les lis tous avec beaucoup de joie. Pardonnez-moi svp de ne pas vous répondre personnellement mais je n’y parviens pas. J’ai énormément à faire avec le blog et les nombreux mails concernant l’organisation du voyage.
L’autorisation pour le Brésil n’est toujours pas accordée. Mon ami Tony me dit que les ULMs sur place n’ont pas de Certificate of Airworthiness et que c’est juste pour me soutirer de l’argent. Il m’encourage à venir et à régler le problème une fois sur place. Je vous mets ci-dessous copie de la correspondance entre la DGAC et l’aviation civile brésilienne.
Mr Pinon,
If Mr Eric wants an exception to the Law Decree, he must request it through diplomatic channels.
The exemption of having an airworthiness certificate to microlights is a French regulation, not ratified by Brazilian regulation.
“Article 31 of the Convention on International Civil Aviation specifies that every aircraft engaged in international navigation shall be provided with a certificate of airworthiness issued or rendered valid by the State in which it is registered.”
Sincerely
| <image001.gif> | Núcleo de Atendimento Técnico Operacional – NAT Setor de Emissão e Controle de Autorização de Sobrevoo Setor Comercial Sul – Quadra 09 – Lote C – 6° andar – Brasília / DF Fones: +55 61 3314-4660 / +55 21 3501-5707E-mail: sobrevoo@anac.gov.br www.anac.gov.br |
| AVISO DE CONFIDENCIALIDADE » Este correio eletrônico da Agência Nacional de Aviação Civil (ANAC), autarquia regida pela Lei Federal Nº 11.182, de 27 de setembro de 2005, foi direcionado exclusivamente a seu destinatário e pode conter informações confidenciais, protegidas por sigilo profissional. Sua utilização desautorizada é ilegal e condiciona o infrator às penas da lei. Caso tenha recebido esta mensagem indevidamente, redirecione ao remetente, esclarecendo o equívoco. | |
De: benoit pinon [mailto:benoit.pinon@aviation-civile.gouv.fr]
Enviada em: segunda-feira, 3 de novembro de 2014 06:35
Para: Sistema SIAVANAC – Sobrevôo
Cc: guilloud.eric@gmail.com
Assunto: Fwd: Fwd: RES: AVANAC request for 01ADE
Dear Mr/Mrs Sobrevoo,
This e-mail is only to confirm that ultralights (in particular 2-seat aeroplanes less than 450 kg MTOW or 472,5 MTOW when equipped with a safety parachute) are exempted in France from the requirement to hold an airworthiness certificate.
Instead, they receive identification marks (in the case of the ultralight of Mr Guilloud: 01ADE) and an identification card.
The identification card is issued in accordance with the following process:
– The ultralight manafacturer (in this case: Aerospool) declares compliance of the aircraft type with the French ultralight regulations which includes general technical objectives (flight tests must have been performed, the structure must have shown to withstand appropriate limit/ultimate loads etc.)
– The ultralight manufacturer (in this case: Aerospool) declares compliance of the particular aircraft to the type
Please let me know if there is additional information you might need to grant a flight authorisation to this ultralight for overflying the Brasilian territory.
Kind regards,
Benoît PINONDGAC DSAC/NO/NAVChef du Pôle Certification, suivi de navigabilité et aviation générale Head of Initial Airworthiness and General Aviation Operations benoit.pinon@aviation-civile.gouv.fr Tel: +33 (0)1 58 09 40 94 Fax: +33 (0)1 58 09 45 52
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9 réponses à "La Route du Rhum."
Superbe bien joué pour la rencontre sur le Rhum
Bonne route Amitiés
J’attendais ta publication car j’avais vu hier ton départ a l’ouest sur le tracking et je me disais ca y est sa boussole est dérèglé, il traverse déjà….
et puis j’avais beau regarder, mais rien en mer, pas une ile devant ta route bref mystere …
et voila belle surprise, trop de rhum et hop on se trompe vite de cap…
trop bien les photo.
Et voilà les Canaries!!
Yesterday when I was following you, I didn’t understand why you were flying that heading after leaving Madeira coast but now I see the fantastic idea, try to meet the boats in the middle of the ocean.
Fantastic!
Amitiés
Ricardo
Bonjour, toujours aussi parfait dans tes reportages, je sais le temps qu’il faut pour faire un montage vidéo. T’es super avec ton gros cœur. Reste sage. Amities j c
J’ai eu le skipper d’Oman au tel et il a dit qu’il avait beaucoup d’admiration pour toi pour ton courage et ta témérité de te lancer seul dans une traversée atlantique. il pense que il faut être un héro, et que sa traversée paraissait bien ridicule par rapport a ton exploit et qu’il était en admiration…
Personnellement j’ai traversé 7 fois l’Atlantique en voilier dont 2 fois en solitaire.
Je suis également pilote de mon propre avion.
Je suis d’accord avec Sydney GAVIGNET et Fasfrankie : traverser l’Atlantique en voilier est de la « gnognotte » à côté de ce que tu vas faire.
Je te renouvelle mon conseil : prend une VHF marine portable (on ne sait jamais…).
Merci Éric, je me régale. Pour moi….
Que ce soit sur l’eau
Ou dans les airs,
Marins et pilotes en solitaire,
Vous restez de grands Héros.
Bravo et bonne continuation!
L’étape entre l’île de Madère et celle de Lanzarote est joliment intitulée « la Route du Rhum ». Certes, l’analogie entre ton périple et la performance sportive de ces navigateurs rencontrés est évocatrice, et aisément compréhensible. Toutefois la réalité de ton beau et grand dessein, m’oblige à te dire que les qualificatifs descriptifs que tu emploies à l’égard de ces marins chevronnés te reviennent d’autant; voire d’avantage! Francis Chichester n’avait-il pas été un des premiers aviateurs solitaires au long cours, bien avant de devenir le navigateur solitaire que l’on sait?! A l’image de Sir Francis, je porte un toast pour la suite de ta croisière aérienne!
Hello Eric, bonjour à tous,
Magnifiques panoramas et frissons par procuration à suivre l’aventure de ces marins. Merci.
Quels héros et aventuriers pour vivre leurs rêves sur notre petite Terre et ciel et nos grandes mers. Et surtout des exemples pour inspirer notre vie et donner à chacun l’envie de se dépasser, de ne rien lâcher pour accomplir quoiqu’il advienne ses propres défis grands ou petits. Pour que la vie soit belle et qu’elle mérite d’être vécu à chaque instant.
Bonne continuation
Amicalement
Anne