Vendredi 6 février 2015.

Santa Cruz – Sucre / 260 km.

Gros orage en milieu de nuit. Ce matin il pleut encore à 8 heures mais la pluie finit par cesser. Je n’ai reçu aucune nouvelle suite à ma lettre au général ni infirmant, ni confirmant une quelconque autorisation. Joaquin m’a dit de remplir mon plan de vol et de partir. J’arrive à 8h50 à l’aéroport, je m’occupe de mon plan de vol puis me dirige vers le bureau pour la lutte contre le narcotrafic afin de le faire tamponner. L’employé de service est occupé à vérifier les bagages d’un vol qui va partir pour Cochabamba. Il me demande d’attendre un moment. Il a une petite centaine de valises à vérifier. Il m’informe qu’il souhaite voir mon avion avant mon départ. Il soupèse chaque valise laissant de côté les légères. Il a un petit objet métallique à la main qu’il fait tinter sur toutes les barres métalliques permettant de faire rouler la valise sur le sol afin de vérifier si elles ne contiennent pas de la drogue. Les lourdes sont ouvertes et entièrement fouillées puis toutes sont senties par le chien. 15 minutes plus tard mes feuilles sont tamponnées et je peux rejoindre le hangar 31 où je suis stationné tout en m’acquittant encore de 12 CHF de taxe d’aéroport. Je charge mes affaires, sors ma machine, remercie, appelle le contrôle pour demander l’autorisation de me rendre à la pompe. 4 avions attendent pour ravitailler. Je fais les pleins d’Avgas puis vais stationner devant la tour pour ma vérification. On me demande de tout sortir. Je m’exécute. Mes bagages sont étalés par terre et fouillés. Le chien vient ensuite déposer sa bave sur chacun d’entre eux. J’adore. Puis son maître lui demande de sauter sur l’aile. Je lui dis non mais il n’en tient absolument pas compte. Le chien glisse, s’accroche, il l’aide puis le porte pour le faire rentrer à l’intérieur. Là je bondis et m’y oppose vigoureusement. Il n’insiste pas. Je passe de l’autre côté du fuselage et vais examiner mon aile. Elle est toute marquée.

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Je suis dégoûté.

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Je le fais venir constater les dégâts et l’interroge sur la façon de régler le problème. Il me demande à voix basse si je souhaite una revisión completa (une fouille complète) de l’avion. Style on démonte tout pour vérifier qu’il n’y ait pas de drogue cachée et ça dure 3 jours. J’ai compris. Je n’insiste pas. Il y a là 6 personnes, surtout des pilotes. Je leur raconte. Tout le monde me dit que je n’aurais pas dû me laisser intimider. Je suis en vacances, Aerospool va me réparer ces marques sans problème, est-ce que ça vaut la peine de se prendre la tête pour ça ?

Je remercie, salue, appelle la tour et roule pour le point d’arrêt de la 33. Je me dis à chaque instant qu’on va me demander de retourner au parking parce qu’un employé se sera aperçu que je n’ai pas d’autorisation valable. Je décolle pourtant sans que rien ne se passe, vire à gauche et survole la ville.

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Il est vrai qu’une panne moteur ici aurait des conséquences certainement dramatiques. Je monte doucement jusqu’à niveau 130.

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Les conditions sont médiocres.

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J’espère que ça va passer car il est impossible de se poser à Sucre si la visibilité est mauvaise. C’est en pleine montagne. Ce serait beaucoup trop dangereux.

Je survole des reliefs aux formes et couleurs très différentes de ce que j’ai vu jusqu’à ce jour.

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J’ai sans cesse le sentiment que c’est bouché plus loin et que je ne vais pas pouvoir continuer.

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Vous le verrez bien sur la vidéo, tout est toujours très chargé devant. Pourtant lorsque je m’approche il y a toujours des trous, un passage.

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Je parviens à destination en slalomant entre les nuages puis en passant dessous. La 23 est en service. J’arrive en base main gauche. La piste est à 2’903 mètres d’altitude (9’527 ft). Je ne prends aucun risque, je fais mon approche à 160 km/h alors qu’habituellement je suis à 110. Je touche à presque 140. Impeccable. 1 h 10 de vol. Je n’ai pas fait une minute d’IFR mais j’ai eu une chance énorme d’être parvenu jusqu’ici.

Demain je me rends à Uyuni pour un aller retour dans la journée. 227 km.