Mardi 3 février 2015.

Arica – Santa Cruz de la Sierra / 766 km.

Je quitte le Chili avec regret. C’est un pays magnifique, les gens sont adorables, souriants, aimables, polis, prêts à tout pour vous aider et on ne peut pas faire plus simple et moins cher pour y voler. 40 US$ pour un mois tout compris; qui dit mieux ? C’est juste le paradis.

J’arrive à l’aéroport à 9 heures. Je remplis mon plan de vol puis passe à la météo. Le responsable, en fonction depuis 35 ans, fait la grimace. Il me dit que ce serait mieux de venir demain matin et de décoller à 7 heures. C’est actuellement très couvert avec des nuages montant très hauts. Il me déconseille vivement de partir. Mon ami Jean-Claude me dit toujours qu’il faut aller voir. Je décide donc de me rendre compte par moi-même. Police, douane, on m’amène gracieusement à ma machine.

Décollage en 20, virage à gauche, je commence une longue montée. Petite couche à traverser. La cordillère est là à mes pieds.

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Des formes incroyables.

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Je suis obligé de faire des 360° afin de parvenir à suivre la pente qui par moments est plus raide. Je profite d’un peu de vent arrière pour me rapprocher du relief et prendre quelques ascendances. Certains endroits sont très chargés en nuages et d’autres beaucoup moins. Les conditions sont excellentes, le vent faible, j’ai très bien fait de partir. Après avoir franchi une première barre rocheuse, j’arrive sur une plaine immense.

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Des couleurs extraordinaires.

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Des paysages à couper le souffle.

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La Cordillère est beaucoup plus facile à franchir ici qu’entre Mendoza et Santiago. Je reste en haut car je vois sur mon GPS qu’il y aura d’autres sommets élevés à franchir plus loin. Je passe au nord du Salar d’Uyuni.

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Je n’ai plus aucun contact radio et j’en suis ravi. Je finis par appeler Cochabamba et leur demande l’autorisation d’aller me poser à Santa Cruz. Ils doivent en référer à La Paz. Heureusement 10 minutes plus tard, ils m’avisent que c’est accordé.

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C’est très couvert puis par chance cela devient plus espacé.

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Le contrôle me demande de faire une verticale puis une vent arrière main droite pour le 34.

Le vent souffle fort. Atterrissage en douceur. 3 h 50 de vol.

On enregistre ma machine qui n’est pas répertoriée dans la banque de données, on me fait remplir des papiers puis payer pour la prestation ainsi que pour le transport depuis l’avion jusqu’au terminal. Je passe le contrôle des passeports. Il y a 2 documents à remplir. Cela confirme ce que j’ai déjà vu, les boliviens adorent la paperasse. C’est étonnant que les gens ne se renseignent pas un minimum et ne se donnent pas la peine d’aller voir ailleurs comment c’est organisé.

Avant de pouvoir retourner à ma machine, je dois encore être enregistré en qualité d’individu dans le système. Je passe ensuite au plan de vol car je souhaite me rendre à quelques kilomètres sur un plus petit aérodrome, là où Joaquin est basé. On me réclame également quelques dollars pour la prestation. Il y a 5 exemplaires que je dois aller faire tamponner dans le bureau pour la lutte contre le narcotrafic. Il est vrai qu’un tampon déposé derrière un plan de vol par une jeune fille de 25 ans fait grandement avancer les choses. Je me pose la question si ces données sont ensuite analysées ou non ?!

Petit rappel : la Bolivie est le troisième producteur mondial de cocaïne derrière la Colombie et le Pérou. Une partie de la coca -12 000 hectares environ- est cultivée légalement pour la consommation traditionnelle des Indiens. Le produit du reste des surfaces est destiné à la production de cocaïne. Le président Evo Morales, lui-même ancien producteur de coca, a mis en place une politique de réhabilitation de la feuille sacrée, tout en promettant une lutte sans merci contre les trafiquants de drogue.

Ici les étrangers doivent payer en dollars, c’est tout ça de pris vu la misérable valeur de la monnaie locale. Alors que j’attends que la personne vienne d’un autre bureau pour encaisser (une organisation redoutable !), 2 hommes en uniforme pénètrent les lieux. La DGAC. Ils demandent à voir mon autorisation. Je m’exécute. Ils me signalent qu’elle ne précise pas que je puisse me rendre sur l’aéroport voisin. Ils me prient de les suivre. Leur bureau est rempli de classeurs et de dossiers. Il y en a partout. Je ne suis pas étonné. Ils parlent avec mon correspondant à La Paz durant d’interminables minutes jusqu’à ce qu’une nouvelle autorisation soit finalement établie. Alors que je pense pouvoir enfin partir, ils m’annoncent qu’elle doit être validée par la Direction des opérations et que cela ne va pas pouvoir être fait avant demain. Je respire plusieurs fois très profondément. Entre temps j’ai demandé à pouvoir aller me poser à Sucre mais on m’annonce que c’est refusé car je n’ai pas pu fournir la preuve que ma machine est capable de voler et de décoller sur des aéroports situés à haute altitude. Je demande alors pourquoi on accepte que je pose à Cochabamba qui est situé à 8’359 ft et on me refuse Sucre à 9’527 ft. On ne peut pas me répondre. Oui effectivement. Du grand n’importe quoi. Je pose la question si cette restriction est annotée dans un quelconque registre ou manuel. On m’avoue que non. C’est tout à fait ce que je pensais, purement aléatoire et sans fondement. Je suis dégoûté. Je respire à nouveau profondément puis salue et me retire en faisant un énorme effort pour ne pas claquer la porte à la volée.

On m’amène à ma machine que je dois déplacer à l’autre bout de l’aéroport car il y a au moins 3 avions qui vont venir faire des escales d’ici demain et vu la place qu’il prend… Je récupère mes affaires qui sont entièrement fouillées, comme celles d’ailleurs de tous les autres passagers, hèle un taxi et rejoins mon hôtel. J’ai perdu plus de 3 heures pour rien.

J’avais prévu d’aller me poser à La Paz, je peux oublier. Idem pour le Lac Titicaca et idem pour Sucre. Je vais devoir prendre des vols commerciaux pour ces trois destinations. Un vrai bonheur. Je me retiens de dégager de là immédiatement pour rejoindre le Pérou mais je n’ai pas encore mes autorisations et on m’a d’ores et déjà averti que c’était le pire pays pour voler avec le Vénézuela en ce qui concerne les contraintes, les difficultés et la corruption.

La seule bonne chose : en arrivant j’ai demandé 2 grands verres jus d’oranges car je n’avais pas beaucoup bu durant mon vol. Voici ce qu’on m’a apporté. Je me suis ainsi un peu remonté le moral.

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L’autre très belle satisfaction : j’ai dîné avec Joaquin et son épouse. Des gens adorables et merveilleux. Il m’a énormément aidé pour obtenir mes autorisations. Merci infiniment Joaquin.