Dimanche 4 janvier 2015.

El Calafate – Rio Gallegos / 242 km

Rio Gallegos – Punta Arenas / 187 km.

Première remarque : que c’est bon d’avoir une vraie connexion internet qui fonctionne !  Lorsque cela prend à chaque fois 10 secondes pour changer de page web et 50 minutes (authentique !) pour downloader UNE photo et encore au milieu de la nuit car dès que le jour se lève cela ne se downloade même plus, croyez-moi on a ses petits nerfs fragiles après un certain temps !!

A 7 h 45 ce matin je reçois un mail de Mike. L’autorisation d’atterrissage au Chili est accordée. Je prépare mes affaires, paie ma note, prends ma voiture et rejoins El Calafate. Un dernier coup d’œil en passant au Fitz Roy avec un magnifique lenticulaire.

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Je ramène ma voiture de location et prends un taxi pour rejoindre l’aéroport. Je me rends au bureau des plans de vol où l’on m’annonce qu’il n’est pas international et que je dois d’abord me rendre à Rio Gallegos pour faire la sortie officielle du pays. La personne en charge passe plus d’une heure à appeler là-bas pour coordonner avec la douane et l’immigration. Décollage en 27, je monte à 8000 pieds, 40 km/h de vent de dos, très turbulent. Une heure de vol. Atterrissage en 07 avec un vent complètement de travers. L’aéroport est géré par les militaires. On me tamponne mon passeport et un douanier véreux me facture 1500 pesos (120 CHF) parce que c’est dimanche. Inutile de dire qu’ils ont dû finir dans sa poche.
Petit vol de 45 minutes. La région est parsemée d’innombrables canaux.

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Il y a 3 pistes à Punta Arenas.

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On m’indique la direction du vent, 270° et on me demande sur quelle piste je souhaite me poser. Je choisis la 25. Le vent souffle à 25 nœuds. Atterrissage sans problème. Douane, immigration, service sanitaire (il n’est pas autorisé d’importer des fruits, légumes, …).

Il y a un petit avion sur le tarmac. Je demande à qui il appartient. A Bill Harrelson, l’américain qui fait un tour du monde par les pôles, dont je vous parlais dans mon article du 31 décembre. Rodolfo, le responsable de la DGAC l’a bien évidemment rencontré. Il m’amène personnellement en ville avec sa voiture. Super gentil. Nous nous rendons à l’hôtel Cabo de Hornos. Je n’avais fait aucune réservation, il y a de la place, j’y prends une chambre. Rodolfo appelle Bill et me le passe. Pas de chance il va partir dans 30 minutes car il y a un créneau météo pour l’Ile de Pâques. Nous nous croisons 3 minutes à la réception. Pour tout bagage, il a un petit sac qui ne doit même pas peser 5 kilos. Je lui souhaite bonne chance.

Ce n’était visiblement pas la chose à faire car 2 heures plus tard alors que je dîne au restaurant de hôtel face à mon Mac, Bill se retrouve soudain devant moi. Il avait un slot pour atterrir à l’Ile de Pâques mais serait arrivé de 1 h 30 de retard et cela aurait généré de gros problèmes. Il n’a pas voulu prendre le risque. Il s’assied et m’explique que les avions sont envoyés les uns après les autres avec un espacement très précis. Il faut en effet impérativement que l’avion qui est devant ait pu se poser et ait bien dégagé la piste avant que celui qui le suit ait atteint son point de non retour. En effet, si deux avions se suivent de trop près, que le premier se pose mais ait un problème et ne parvienne pas à dégager la piste, le deuxième n’a alors plus qu’à se poser sur la mer car il n’y a qu’une seule piste et il n’aura pas assez de kérosène pour rentrer sur le continent.

Bill participe à une compétition dont les règles sont les suivantes : il convient de faire le plus rapidement possible un tour du monde en passant à moins d’un kilomètre de chaque pôle et en ayant un écart minimum de 120° au niveau de l’équateur.

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Le record à battre est vieux de 28 ans (eh oui !). Le temps à battre est de … Vous ne devinerez jamais. Allez je vais vous le dire : cinq mois. Cela paraît ridicule et tellement long mais en fait ce n’est pas si évident que ça. Bill a fait une première tentative il y a quelques mois ici et n’est pas parvenu à atteindre le pôle sud car les conditions étaient trop mauvaises. Il a démarré son tour il y a 8 jours et est parvenu à l’atteindre et à le survoler. Il espérait boucler son tour du monde en 2 semaines mais il ne pourra pas repartir avant mercredi car les conditions ne sont pas bonnes. Il m’a dit que c’était très, très impressionnant, qu’il n’était pas tranquille et qu’il était soulagé d’avoir fait le plus dur. Le gros risque était le givrage. Il a dû monter à 13’000 pieds car il y a des montagnes sur Alexander island qu’il a dû franchir.

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Le plus petit problème et c’était la mort assurée. Personne ne vient vous chercher là-bas. Il n’y a pas de bateaux pour le début du vol, ni d’hélicoptères pour la suite. Il a 4 petits appareils à bord qui enregistrent automatiquement tous les paramètres de ses vols afin de bien homologuer son record.

La base antarctique Amundsen-Scott est une station de recherche américaine située à environ 250 mètres du pôle sud en l’honneur des deux explorateurs Roald Amundsen et Robert Falcon Scott qui l’atteignirent pour la première fois respectivement le 14 décembre 1911 et le 17 janvier 1912, à seulement quelques semaines d’intervalle.

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L’idée était de rejoindre ensuite la Nouvelle Zélande mais il y avait un fort vent de face et il n’y serait pas parvenu. Il a donc fait demi-tour et est rentré à Punta Arenas après un vol de 25 heures et 30 minutes durant lequel il n’a pas vu la nuit. Mais me dit-il, ce n’était rien. Son record du monde est de 38 heures et 39 minutes. Il a rallié Guam, au milieu du Pacifique, à Jacksonville en Floride soit 13’059 km. Bill est un ancien pilote professionnel. Il volait pour United Airlines. Son épouse était également commandant de bord mais chez Continental. Ils n’ont pas d’enfants.

Son avion a 10 réservoirs d’essence pour un total de 1’350 litres. Lorsque je lui demande s’il ne trouve pas le temps long, il me raconte qu’il n’a pas une seconde à lui. Volant IFR il doit très régulièrement reporter sa position. Il a une radio HF et garde un contact permanent. Il a un système de communication satellite par transcription avec son équipe et ils échangent de nombreux messages écrits durant les vols. Chaque heure il relève son rythme cardiaque, reporte tous ses paramètres moteur sur une feuille ainsi que les températures extérieures, les consommations d’essence, les temps de vol, vitesse, vents, etc. Il note également les temps de repos mais ceux-ci sont perpétuellement à zéro. Il ne dort jamais. Je ne sais pas comment il fait. Dès qu’il s’assoupit, il ouvre les yeux à la plus petite turbulence. Il fait également quelques exercices et se force à boire. Son nouveau plan est de rejoindre maintenant Tahiti puis Hawaï, ensuite l’Alaska d’où il rejoindra le pôle nord par un vol entièrement de nuit qui se terminera avec une arrivée à Jacksonville. Là-bas les températures seront de moins 40° mais sans risque de givrage car il n’y a pas d’humidité.

Moi je dis RESPECT. Bravo Bill tu es un géant.

Vous trouverez ci-dessous sa page Facebook.

ZQ Pilot | Facebook

Si Bill ne part pas, je ne vais pas être plus fou que lui et partir, nous sommes d’accord ! Il ne fait pas beau et tout particulièrement à Ushuaïa, j’ai des montagnes à passer pour rejoindre le Cap Horn et je ne pourrai pas les franchir. Je pourrais éventuellement longer la côte ouest sur la mer à basse altitude mais je ne suis pas certain que l’on m’accorde l’autorisation accompagné d’un veedor. Il est donc très vraisemblable que le Cap Horn ne soit pas pour cette fois malgré vos encouragements. J’en suis désolé.