Dimanche 21 décembre 2014.

Je ne sais plus pourquoi j’avais choisi de m’arrêter ici à Cordoba. Peut-être pour couper l’étape en deux sachant que demain j’ai 1144 km à faire jusqu’à San Martin de los Andes ?!

Je n’apprécie pas spécialement les grandes villes, le bruit et la pollution mais lorsqu’il y a de belles choses à admirer, je fais l’effort. Malheureusement il n’y a rien de vraiment exceptionnel à voir ici.

Plaza de la Intendencia.

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La Cathédrale.

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Juste à côté le Cabildo. C’est le siège des autorités de l’ancienne colonie, où étaient à l’époque parqués énormément d’esclaves.

Au cours de la récente dictature militaire (dans les années 70) c’était un lieu de détention où étaient torturés et assassinés les opposants au régime.

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Tous deux donnent sur la Plaza San Martin.

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L’Iglesia de los Capuchinos.

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Beaucoup de monde dans les rues pour faire les derniers achats de Noël.

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Pas forcément beau mais original.

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Je vous ai tout de même trouvé un fait intéressant.

Avant l’arrivée des conquistadores, la région de Cordoba est habitée par les indiens Comechigones. Ils vivent de chasse, cueillette et agriculture. Les Espagnols découvrent la région en 1556. À la recherche d’une étape entre le Haut Pérou et l’Atlantique, ils choisissent ce site pour fonder la ville de Cordoba de la Nueva Andalucía en 1573, avant Buenos Aires. À cette époque, le roi attribue des terrains aux ordres religieux qui souhaitent participer à la fondation de nouvelles villes. Les Jésuites acceptent de s’implanter à Cordoba. En 1613, ils créent le Colegio Máximo de Cordoba. Autorisé comme université en 1621 par le pape, c’est la première d’Argentine, la deuxième d’Amérique latine et la quatrième d’Amérique.

Les jésuites qui veulent travailler dans les Missions étudient dans cette Université, qui accueille des candidats missionnaires de toute l’Amérique mais aussi d’Europe. Très rapidement, l’ordre crée un noviciat pour les recevoir et les séparer des autres étudiants, les hidalgos (« hijos de algo », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de sang juif, ni maure, ni indien, ni noir). L’université, le noviciat, l’église, une crypte un peu plus loin… Pour financer tout cela et nourrir les étudiants, l’ordre doit trouver des fonds. Il décide alors de construire des estancias, des fermes à quelques dizaines de kilomètres de Cordoba. Il y en avait six, et on peut encore en visiter cinq aujourd’hui, celle de San Ignacio ayant disparu.

pAlta Gracia - Estancia Jesuite - 027

Les Compagnons de Jésus ont été les seuls à pouvoir organiser des domaines de cette ampleur. Ils étaient d’un grand secours aux habitants des villages environnants.
Dans les régions où les tribus indiennes dominaient l’espace, il était quasiment impossible pour les espagnols de penser à développer des parcelles de cultures et d’entreprendre un élevage sans risquer d’en être empêché, voire de mettre leur vie en danger. En apprivoisant les indiens les jésuites ont permis aux colons la culture et l’élevage, même à grande distance des villes.
Ces estancias étaient des centres de progrès dont l’organisation et le développement avancé étaient obtenus grâce à des investigations scientifiques et à une étude pragmatique sur l’adaptation au terroir (canalisations, systèmes d’irrigation, semailles, vignes, culture du mate, un arbuste sauvage qu’ils ont réussi à domestiquer).
Elles étaient un moteur dans le domaine socioculturel et économique de leur temps.

Quelques années avant leur expulsion, presque toutes disposent d’une belle chapelle ou église qui apparait comme un accomplissement de leur œuvre missionnaire 150 ans après leur première acquisition.

Lorsque les jésuites sont expulsés en 1767, leurs biens sont saisis, repris en main par le royaume ou confiés à d’autres ordres. Terrible épilogue. Comme quoi tout peut basculer très vite dans ce bas monde ! C’est assez effrayant lorsqu’on y pense.

Cordoba était en 2005 la ville latino-américaine possédant le plus grand pourcentage d’étudiants universitaires par rapport à sa population totale : 12 % des habitants étaient étudiants universitaires, une des proportions les plus élevées du monde.