Mardi 16 décembre 2014.

Mendoza – Salta / 1087 km.

Il a plu cette nuit et ce matin le ciel en garde encore les séquelles. Temps très couvert.

A l’aéroport les formalités sont vite expédiées. Je me rends à la météo.  A la base je souhaitais partir sud pour survoler la Laguna Diamante.

C’est à cet endroit que le vendredi 13 juin 1930, Henri Guillaumet s’écrase avec son Potez 25 (immatriculé F-AJDZ), à cause du mauvais temps, en traversant les Andes pour la 92e fois pour l’Aéropostale .

Sans équipement autre que son blouson de pilote, il marche pendant cinq jours et quatre nuits, passant trois cols. Il oublie une fois un gant et rebrousse chemin pour le retrouver. Il manque plusieurs fois d’abandonner mais persiste en pensant à ses camarades et à sa femme Noëlle. En effet, en l’absence de corps, l’assurance vie ne peut être versée qu’après 4 ans de disparition. À la fin, ses derniers efforts sont juste pour que l’on puisse retrouver son corps au plus vite. Il atteint un village au bout d’une semaine. L’exploit que les habitants des vallées résument parfaitement : « Es imposible », construit la légende de cet homme discret au milieu des stars de l’Aéropostale.

À Antoine de Saint-Exupéry venu le rechercher, il déclare : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait ».

Malheureusement il y a 2 barrières du cumulonimbus montant à 35’000 pieds sur ma route. Je vais donc déposer mon plan de vol avec une seule déviation sur la route de Salta : l’Aconcagua.

Je demande à la tour pour refueler. On m’envoie à l’autre bout de l’aéroport, chez les militaires, où une haie d’honneur m’est faite pour arriver à la pompe. Mon bébé en est tout ému !!

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Décollage en 18, je dois garder mon cap jusqu’à 5’000 pieds avant de pouvoir virer à droite. Le contrôle m’avertit qu’il n’y aura plus de contact radio dans les montagnes. Alors que je suis à 10’000 pieds, je m’aperçois que j’ai rabaissé ma verrière mais que j’ai oublié de la verrouiller. Cela m’arrive très fréquemment. J’ouvre les deux petites fenêtres de chaque côté de la verrière, je me pends à deux mains à la poignée mais elle refuse de se fermer. Je me dis que c’est stupide mais que je vais devoir redescendre un peu car habituellement cela ne m’arrive pas aussi haut. Dernière tentative, la rage aidant, je parviens à la verrouiller. Ouf ! Je prépare mon oxygène et règle le débit sur 15’000 pieds.  La bouteille est pleine au 3/4. Dès 16’000 pieds je place le système à l’entrée de mes narines. Il y a une barrière de nuages qui s’accumulent côté argentin poussés par le vent du nord ouest alors que côté chilien il fait un temps splendide.

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Le vent souffle avec d’importantes variations allant de 15 à 50 noeuds. Je prends des pompes incroyables dont la plus forte est de 1900 pieds/minute. Je me crois en planeur, j’avance et ça monte, ça monte, terriblement fort. J’entends presque le bip bip bip du vario. Je parviens ainsi à plus de 20’000 pieds avec de belles turbulences.

Il est difficile de décrire la beauté et la magie du spectacle.

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C’est inimaginable. D’abord c’est immense. Les montagnes s’étendent sur des kilomètres. Ensuite les formations rocheuses sont très différentes de chez nous avec des couleurs irréalistes.

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Enfin c’est incroyablement beau, spécial et émouvant de se retrouver là tout seul à survoler les Andes à plus de 6000 mètres d’altitude.

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Je me sens minuscule dans ma petite machine ballottée par les vents. Je réalise aussi combien il doit être difficile de retrouver quelqu’un dans cette immensité.

L’Aconcagua est là à portée de main.

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Il trône majestueusement devant moi totalement insensible aux rafales qui le frappent.

Je regarde sans cesse de tous les côtés pour ne pas perdre une miette du spectacle. La température extérieure est de moins 12°.

Bye bye l’Aconcagua !

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C’est un vol difficile, technique, pas évident. Exceptionnellement, je suis très concentré. C’est la première fois que je me sens dans un milieu hostile et vraiment très loin de tout. Plus de contact radio, personne ne saurait où je me trouve s’il devait m’arriver quelque chose. Je me rassure en me disant que j’ai ma balise de détresse. J’imagine une énorme turbulence qui briserait une de mes ailes, l’avion qui part sur le dos, parvenir à le remettre à plat, actionner le parachute, sortir le train, couper l’alimentation d’essence et se préparer au choc de l’arrivée au sol.

Je me remplis encore les yeux. J’essaie de graver toutes ces images dans ma mémoire.

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C’est à chaque fois un nouveau tableau.

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J’arrive dans les contreforts des Andes.

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La fin du vol est très pénible alors que je retourne dans la plaine. Les turbulences sont terribles, je suis obligé de réduire la vitesse, je me retrouve deux fois sur la tranche avec une soudaineté incroyable. C’est comme si une énorme main m’avait violemment soulevé une aile. Je suis resté 4 heures en altitude. Il ne me reste plus d’oxygène et je passe encore 25 minutes à 16’000 pieds sans. La couche est très soudée en plaine. Je parviens néanmoins à m’enfiler dans un trou d’aiguille et à passer dessous.

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Atterrissage en 02. 5h25 de vol. Je loue une voiture et rejoins mon hôtel. Ce vol était unique, grandiose et mémorable mais épuisant !

J’aurais souhaité me balader en bas dans les vallées mais ce n’était pas vraiment le jour. Je me demande d’ailleurs s’il y a ici des journées sans vent ?! Ma vidéo est courte car la batterie s’est vidée très rapidement. J’imagine que c’est le froid. Désolé !