Samedi 13 décembre 2014.
Punta del Este – Mendoza / 1284 km.
Grand beau ce matin. Le petit déjeuner commence à 8 heures, il est 7 heures lorsque je quitte l’hôtel le ventre vide. J’ai loué une voiture hier car ici tout est hors de prix, les taxis compris. J’ai repéré une station service Esso qui vend de la 97 octanes. J’y remplis 2 réservoirs souples. A l’aéroport je décide de déposer mon plan de vol pour Santiago, je demanderai une fois en l’air si je peux m’y rendre. Mike n’a pas encore reçu mon autorisation des chiliens. Je paie 175 CHF de taxes. On m’amène à ma machine qui se trouve au milieu de rutilants jets privés. Je vide mes 50 litres d’essence, demande pour mettre en route puis pour rouler. Décollage en 01, je monte à 2000 puis à 6500 pieds. On me fait partir au nord afin que j’évite les zones de Montevideo puis de Buenos Aires.
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Le vent est de travers face faible. Je rejoins l’embouchure du Rio Uruguay.
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Buenos Aires contrôle me prie de descendre au niveau 60 puis de prendre un cap au 250 alors que je suis au 285. J’ai beau protester en disant que je suis VFR et que je vais être short en pétrole, la contrôleuse ne veut rien entendre.
Heureusement, ça ne dure pas et 10 minutes plus tard je peux reprendre mon cap.
Le paysage n’est pas très varié. Des champs, encore des champs, toujours des champs !
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Il n’y a pas la plus petite colline sur des centaines de km. Tout est incroyablement plat.
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Certains font preuve d’originalité.
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On me demande de monter au niveau 80. Je réponds que j’aimerais rester au 60 car plus haut le vent sera plus fort. Pas possible, le niveau 80 est le niveau inférieur minimum des airways. J’argumente en précisant que je suis VFR. Oui mais vous devez suivre les airways. Je monte à 8000 pieds et fais quelques déviations non souhaités. J’aimerais que l’on m’explique pourquoi dans un pays aussi minuscule et étriqué que la Suisse on peut faire du vrai VFR (on n’a pas à suivre des airways) et pourquoi ce n’est pas autorisé ici dans un pays aussi vaste ?
A une heure de ma destination, les conditions changent radicalement. Alors qu’il n’y avait pas la plus petite turbulence jusqu’alors, je me retrouve à prendre du 1000 pieds/minute puis à redescendre deux secondes plus tard à 700 pieds/minutes. Je me fais taper méchamment et cela n’arrête pas une seconde alors qu’il n’y a pas un souffle de vent. Le contrôle m’informe qu’il y a une tempête sur ma route et qu’il va falloir renoncer à aller à Santiago. Je ne me fais pas prier. Je serai content que ça s’arrête. J’aurais souhaité prendre davantage de photos de l’arrivée mais les turbulences étaient tellement violentes que ce n’était pas concevable. Tout volait à l’intérieur de ma machine. La seule photo que j’aie pu prendre est l’image à la une après avoir tout réduit pour sortir le train alors que je tournais en finale 36. L’atterrissage a été sportif. J’ai dû me concentrer car la machine rebondissait, gesticulait et ne voulait pas revenir sur terre. Le vent soufflait à 30 noeuds et les turbulences venaient jusqu’au sol. Un posé en douceur mais difficile ! 5h15 de vol.
Je fixe les ailes et l’arrière de ma machine au sol. Je ne le fais que très rarement mais ici je sens qu’il ne faut pas plaisanter lorsque ça souffle. On m’amène au terminal et là je tombe sur LE PETIT GENIE. Un douanier qui décide de faire une inspection de l’intérieur de ma machine. Celle-là on ne me l’avait encore jamais fait. Retour à la case départ. J’enlève la bâche, j’ouvre la verrière et on commence : une veste, une polaire, des chiffons, des bidons d’huile, des auto-collants Flight-America, des outils, des pièces détachées, une bouteille d’oxygène puis une petite valise contenant un canot de sauvetage qui se gonfle automatiquement et que l’on ne peut évidemment pas ouvrir. Là il sent la grosse affaire, au-moins 5 kilos de cocaïne. Allez on s’arrête là mais la valise va passer au scanner. Toutes mes affaires défilent à travers la machine. Rien. La déception est presque visible sur son visage.
Je passe ensuite dans le bureau du responsable des taxes qui met 15 minutes pour compléter 2 petits formulaires que j’aurais remplis en 3. J’assiste à une véritable leçon de calligraphie, je me retiens pour ne pas lui arracher le stylo des mains et remplir tout moi-même. Je suis vraiment tombé sur les premiers de classe aujourd’hui !
Pas de voiture de location disponible de suite. J’en aurai une demain matin.
Pour répondre au commentaire de l’agent de la DGAC, il y a un passage dans une vallée pour rejoindre Santiago qui permet de ne pas monter très haut mais il faut bien évidemment qu’il n’y ait pas de vent. Sinon voici ce que j’avais sur mon Garmin à l’approche de Mendoza : un mur de plus de 17’000 pieds et il est évident que c’est préférable d’avoir un tout petit peu de marge.
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Ce n’est donc pas une plaisanterie et pour répondre au commentaire de mon ami Paul, oui je suis plus impressionné par ces montagnes que par l’Atlantique. J’ai de l’oxygène avec moi si nécessaire. J’aimerais beaucoup avoir du beau temps pour rejoindre Santiago car auparavant je souhaite aller taquiner un peu l’Aconcagua tout proche et découvrir ces paysages qui doivent être uniques et exceptionnels. Ma GoPro était d’ailleurs fixée sous mon aile pour ce vol. Je la remettrai pour rejoindre Santiago.
J’ai vécu aujourd’hui mon premier déroutement même si je l’avais envisagé. C’est la première fois que les conditions météo ne me permettent pas de rejoindre ma destination. Ce n’était vraiment pas envisageable. C’est peut-être pour cela que la douane m’a fait des problèmes. Cela me rappelle la terrible mésaventure de mes amis de Spirit of Nouméa qui avaient dû se dérouter en Inde pour raisons météo et qui avaient été retenus durant 3 jours par de brillants fonctionnaires qui n’avaient pas compris et étaient persuadés qu’il y avait quelque chose de louche là-dessous !!