Mercredi 3 décembre 2014.

Natal – Iguaçu 3060 km.

Hier soir nous sommes rentrés à l’hôtel à 19h30. Tout prend un temps fou ici car tout est très mal organisé.

Couché à 21h, c’est le téléphone de la réception que j’ai demandé à 1h30 qui me réveille. J’ai dormi d’un sommeil de plomb. Une petite douche et nous partons. Je dépose Toni devant l’aéroport, nous sommes tristes de nous quitter sans même avoir fait le plus petit vol ensemble. Je me rends au control room afin de vérifier que tout est bien ok. Ils souhaitent encore inscrire, au niveau du plan de vol, des coordonnées GPS tous les 100 nautiques sur la route directe. J’avais choisi des aéroports brésiliens comme aéroports de déroutement, cela m’est refusé et l’on me précise que je n’ai pas le droit de me poser au Brésil. Je rends la voiture de location et vais au guichet Information pour demander comment rejoindre ma machine. Je tombe sur un parisien très sympa de mère brésilienne qui vit ici depuis janvier. Il m’amène au contrôle puis m’explique que je dois me rendre à pied à mon avion situé à un bon kilomètre car il n’y a plus de moyen de transport, cela a été supprimé pour cause de restrictions. L’aéroport est en guerre avec l’ANAC qui ne lui reverse pas, pour l’instant, les taxes d’embarquement car ils estiment qu’il n’est pas encore opérationnel à 100 %. Il fait nuit noire, j’ai heureusement vérifié mon huile hier en faisant les pleins. J’ai rajouté 150 ml. Je prépare ma machine, demande l’autorisation de mettre en route, roule après 5 minutes vers le point d’arrêt et m’aligne en 12. La piste toute éclairée s’étend majestueusement devant moi. C’est magique, c’est grisant, je me dis que j’ai de la chance de vivre ce moment. Un cran de volet, je mets doucement les gaz, je roule, approche des 100 km/h, tire doucement sur le manche et quitte ce sol brésilien ingrat qui n’a pas voulu de moi. Je distingue difficilement les instruments et dois chercher un instant pour trouver les interrupteurs afin de couper la fuel pump et la landing light . Virage à droite, je prends mon cap et commence ma montée au 105. Il fait déjà plus clair, le jour se lève au-dessus de la couche. C’est magnifique.

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Le vent forcit avec ma montée. A 9500 pieds il est à 25 km/h de travers face. Je demande au contrôle pour redescendre au 85. At your own discretion. Je descends à 8500 pieds. Il y a 12 km/h de vent travers droite mais cela ne m’empêche pas d’être à plus de 260 km/h. Je réduis légèrement la puissance car ma première étape est de 2280 km. J’ai en effet décidé de m’arrêter à Edra où se trouve le distributeur Dynamic pour le Brésil. Je l’ai appelé hier, tout est arrangé pour que je puisse refueler rapidement. C’était la seule solution pour éviter Cayenne où je n’avais pas du tout envie d’aller. L’ANAC ne m’aurait pas laissé faire un stop sur le sol brésilien. Je perds le contact radio 1h45 après le décollage mais je ne perds pas l’occasion d’admirer les superbes paysages qui défilent sous mes ailes..

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Petit récapitulatif : un mois avant mon départ soit début octobre, j’entre sur le site web de l’ANAC et dépose ma 1ère demande. Je reçois en retour un message me demandant, entre autres, un Certificate of Airworthiness. Je contacte la DGAC qui envoie un mail aux gens de l’ANAC en leur expliquant qu’il n’y a pas de Certificate of Airworthiness en France pour les ULMs. Mais les brésiliens ne veulent pas en démordre. Pas de Certificate of Airworthiness, pas d’autorisation. Je me tourne alors vers l’autre formule qui autorise un seul et unique atterrissage sur le territoire, sans présentation de documents, en disant que je partirai ensuite vers la Guyane. Toni me disait qu’une fois ici ce serait facile d’obtenir une autorisation avec de multiples atterrissages. Cela s’est malheureusement révélé faux. En outre tout se traite à Brasilia et nous n’avons jamais eu le(s) nom(s) de(s) la personne(s) s’occupant du dossier. J’ai magouillé ma carte d’identification ULM en y rajoutant « Certificate of Airworthiness » dessous mais ils ont trouvé autre chose. Après c’était la license puis le certificat médical puis le Certificate of Registration. Je pense qu’il était inutile d’insister, ils ne m’auraient jamais accordé ma permission. Merci à vous tous pour vos suggestions d’essayer la voie diplomatique. Je ne tenais pas non plus à m’éterniser à Natal.

Ce matin le moral est à nouveau au beau fixe. Je suis bien sûr déçu de devoir quitter si rapidement le Brésil mais je m’y suis déjà rendu à 4 reprises. Bien sûr j’aurais été ravi de pouvoir survoler le pays et de le découvrir d’en haut mais il ne faut pas lutter contre le destin. Toni a lourdement insisté : tu décolles mais tu viens atterrir d’abord à Bahia puis à Rio sur des petits terrains, radio et transpondeur coupés. Il est convaincu qu’ils ont autre chose à faire que de rechercher un ULM mais je n’en suis pas aussi sûr que lui. D’abord ils téléphoneront à ma destination et sauront que je ne suis jamais parvenu à Iguaçu. Ils engageront des recherches pour savoir si je n’ai pas eu un accident. Je n’ai pas envie d’avoir des ennuis, de me faire confisquer mon avion pour n’avoir pas respecté les règles.

Très peu de contact radio. Les zones sont peu couvertes. Cela m’arrange tout à fait.

Les nuages disparaissent puis reviennent un peu plus loin en stagnant plus haut m’obligeant à monter à 10500 pieds.

Je suis en contact avec Brasilia. La communication est très mauvaise. Je n’insiste pas, commence ma descente et coupe mon transpondeur dès 4000 pieds. Mon essence baisse vite, trop vite. Je suis obligé de réduire la puissance afin de consommer le moins possible. Ca va être très juste. Plus je m’approche, plus je ralentis. Je suis à 3 minutes, il me reste 4 litres qui passent d’un coup à 0. La tension monte, je ne suis pas très haut, 2500 pieds sol. Je ne respire plus, je regarde les secondes diminuer, c’est beaucoup trop long, j’ai le sentiment que je n’y parviendrai pas. Le terrain est en vue. Je rentre en base main droite pour la 31, je reste volontairement haut au cas où … Trois crans de volets, trois lacets et je me pose. Ouf j’ai eu chaud, mes 2 compteurs sont à zéro depuis 2 minutes. Merci mon ange gardien. 9 heures de vol.

Accueil chaleureux. Je salue tout le monde. On me fait les pleins, je signale les traces d’huile que j’ai après chaque vol sur le dessous. On me confirme une fuite mais qui n’a rien à voir avec la réparation faite aux Canaries. Elle a été parfaitement réalisée.

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Je dois impérativement sortir du pays. Je vais donc aller jusqu’à ma destination et réfléchir où faire réparer. Je dois le faire, ce serait stupide de continuer ainsi alors qu’il reste encore 19 mois de voyage.

Nous prenons quelques photos, ils m’apportent très gentiment une bouteille d’eau.

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On m’offre une magnifique casquette ainsi qu’un t-shirt. Je remonte dans ma machine, mets en route, salue tout le monde, remonte la 13 et décolle. Je monte à 6’000 pieds

Ma 2ème étape jusqu’à Iguaçu fait 780 km.

Je reprends contact radio. On ne me pose pas une seule question au sujet de mon retard. Le suivi d’un vol dans ce pays n’est visiblement pas fantastique entre les régions. Tant mieux !  Enormément de nuages qui montent haut. Je ne réussis pas à passer par dessus, je redescends à 3500 pieds. Je me fais copieusement arroser. C’est le tunnel de lavage pour mon bébé. Je fais une grande partie du vol en bas sous les nuages, en slalomant entre les collines.

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J’ai perdu tout contact avec les brésiliens, je suis ravi.

Je demande à la tour si je peux survoler les chutes avant de poser. On me répond : pas de problème.

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J’ai la chance de faire de magnifiques photos,

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jusqu’à ce que la tour m’appelle pour me dire : Fox Kilo Echo minimum altitude is 4000 feet.

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Ah sorry, I didn’t copy !  Une dernière photo avant de me diriger vers le terrain.

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Je suis déçu car je voulais faire une petite vidéo des chutes mais cela va visiblement être difficile  !!!

3h30 de vol soit un total de 12h30 et 3060 km.

Je passe l’immigration, la douane, la police. Tout le monde est très gentil. Bienvenue en Argentine.

Je partage avec vous les commentaires de mon météorologue préféré au sujet de la 2e partie du vol :

T’es encore en vie ???

Comment t’as fait ?

Quand j’ai vu la météo dans le sud et les reliefs que t’avais sous les pieds et sans savoir combien tu avais d’essence, je me suis dit que là, t’étais complètement barge !

Et d’après ce que j’ai vu, si tu nous racontes que c’était une promenade de santé, tu ne seras plus jamais crédible ;-)))))