Mardi 18 novembre 2014.

Casarrubios – El Berriel / 1740 km.

L’adresse de la société où je dois récupérer mes affaires n’est pas répertoriée sur le GPS de mon téléphone ni de mon iPad. Je quitte l’hôtel à 8 heures et me rapproche de l’endroit où elle est sensée être. Je m’arrête pour demander mon chemin à un agent de sécurité devant un immeuble industriel, la chance me sourit, je suis à la bonne adresse. L’ennui c’est que les bureaux ouvrent à 10 heures et pas à 9 comme on me l’a annoncé. Le dépôt de marchandises est opérationnel mais le garde me répète que je dois attendre 10 heures. Deux employés arrivent. J’explique mon histoire. Ils me demandent d’attendre un moment. Une dame me rejoint. Je dois enfiler un gilet jaune de sécurité ainsi que des espèces de bouts de chaussures rigides qui tiennent avec des élastiques (pour éviter de se faire écraser les orteils par une palette). Elle m’amène à l’intérieur vers ses collègues qui voient immédiatement de quoi il s’agit et qui partent chercher mes colis. On me fait signer un reçu, je remercie chaleureusement et rejoins l’aérodrome.

La très mauvaise nouvelle c’est que le dessous de mon avion est recouvert d’huile. Alors que j’étais largement au-dessus du milieu du niveau en partant des Canaries, je suis maintenant bien en dessous. Je rajoute presque 300 ml. en espérant que cela va suffire. Je charge mes affaires, mets en route et décolle en 08 quelques minutes plus tard. Je ne me lancerai pas dans une traversée de l’Atlantique dans ces conditions, c’est une certitude. Je décide de réduire les tours moteur et d’aller un peu plus lentement que d’habitude. Je ne sais pas ce qui peut arriver. J’appelle Peter, le chef mécanicien de l’usine, avec mon téléphone satellite, je lui explique le problème. Il me dit d’être très prudent. Qu’est-ce que cela signifie d’être très prudent dans ce cas ?!

J’ai une petite couche à traverser avant de retrouver le grand soleil. Je monte au niveau 105. Le vent est de face, légèrement de droite vers 50 km/h. S’il souffle ainsi, de cette direction, durant tout le vol, je vais mettre plus de 7h30 pour rejoindre El Berriel.

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Alors que je vais presque atteindre la côte, Séville contrôle m’informe que mon plan de vol n’avait pas été validé et me demande diverses informations pour le compléter. On me prie également de prendre à gauche au cap 185 afin d’éviter deux zones dangereuses actives. Le vent forcit. Je demande à descendre au 85 espérant qu’il sera moins fort. Alors que je suis déjà à 9100 pieds le contrôle m’annonce qu’à 8500 pieds je devrais me dérouter encore plus loin pour éviter deux nouvelles zones actives. J’annonce que je remonte au 105.

Je quitte Séville contrôle. On me dit que je dois essayer de contacter Casablanca. C’est cela ! J’avertis que je ne suis pas parvenu hier sur le trajet aller à les joindre. Je suis trop content d’être tranquille, exceptionnellement je branche mon téléphone et écoute de la musique. Les minutes défilent doucement. Je rédige le début de mon article et réfléchis aux conséquences de cette fuite d’huile. Je ne vais pas pouvoir poursuivre demain vers le Cap Vert comme prévu et mon arrivée au Brésil risque d’être reportée de quelques jours. C’est la vie, il faut accepter les impondérables. Dans un tel voyage, il y a immanquablement des complications et des contrariétés. Il est inutile de s’énerver, cela ne va rien changer. Je me dis que cela pourrait être pire. Le vol se passe un peu monotone. Malgré ce problème et l’huile qui vraisemblablement s’échappe lentement sous moi, je reste zen. Je sais que mon ange veille.

Travers Essaouira je me retrouve face à une barrière de nuages qui m’oblige à remonter à 11’200 pieds. Une autre plus loin me fait légèrement dévier de ma route et monter encore. Je termine à 12’000 pieds pour réussir à passer juste au-dessus. Le beau temps revient. Il me reste 2 heures de vol lorsque je parviens à joindre Canaries contrôle.

Les reflets du soleil sur la mer sont extraordinaires.

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Je commence ma descente à 100 pieds / minute 1h20 avant mon arrivée, ce qui me permet de gagner un peu en vitesse. J’aurai eu du vent plein face durant tout le trajet.

C’est bon d’apercevoir la terre après une traversée. On se dit qu’on a réussi. C’est comme une victoire. J’ai d’abord Lanzarote sur ma gauche, suivie par Fuerteventura. J’aperçois très rapidement Gran Canaria. Le contrôle me fait éviter sa zone. Je me pose en 25 après 7h40 de vol.

Je dois vous dire quelque chose d’intime. Que ce soit hier ou aujourd’hui je me suis abstenu de faire mes petits besoins durant tout le vol. Pas mal non ? Je m’impressionne !

Mon séjour ici va malheureusement se prolonger. Je rappelle Peter. Il me demande de regarder demain d’où vient exactement cette fuite. Nous envisageons l’éventualité de faire venir une personne de l’usine pour déposer le moteur et tout réparer correctement. A suivre !