Lundi 17 novembre 2014.

El Berriel – Casarrubios / 1740 km.

Je me suis couché tôt et réveillé tôt. J’arrive à 8 heures à l’aérodrome. Je prépare ma machine, salue Daniel puis décolle en 07 à 8h30. J’ai oublié de vous dire que nous avions une heure en moins que le centre de l’Europe.

A 9h10 alors que je suis sur 2 fréquences d’écoute, Canaria approche et 123,45, j’entends mon ami Ricardo qui m’appelle. C’est beau la technologie. Il est à 40’000 pieds vers La Gomera alors que je m’approche de Lanzarote à 9500 pieds. Il a une vitesse de plus de 400 noeuds alors que je croise à 140. Il me raconte que la traversée du pot au noir était calme et qu’il n’y avait que très peu de cumulonimbus. Nous nous souhaitons chacun un bon vol et je le quitte pensif. C’est finalement assez fou de faire comme les grands avec un si petit avion. Bien sûr cela prend plus de temps mais je suis tout de même impressionné par les capacités de cet appareil. C’est une machine exceptionnelle et cette nouvelle hélice fait des miracles. Le vent souffle à plus de 50 km/h de travers avant gauche mais cela ne m’empêche pas de naviguer à 260 km/h. De l’eau, toujours de l’eau, encore de l’eau. Je ne vois que ça. C’est un excellent entraînement pour ma future traversée de l’Atlantique. Il est vrai que l’on doit apprivoiser l’eau. Lorsqu’on la survole au début, on angoisse un peu et c’est légitime. Plus on est sur la mer, plus on prend confiance. Je me souviens que lors de mon retour des Marquises, j’avais fini par ne même plus y penser à force de sauter d’île en île au milieu du Pacifique. Là je sens que je dois encore m’améliorer, me détendre davantage et ce petit détour vers Madrid et retour tombe finalement très bien. Il y aura encore l’étape vers le Cap Vert et ensuite je pense que je serai prêt. Je suis sincèrement convaincu que cet apprentissage est nécessaire. Il faut avoir des nerfs solides pour faire de telles distances sur l’eau. Il ne faut pas laisser la panique et la peur vous envahir. Il est primordial d’avoir confiance, de garder la tête froide et de rester calme et détendu. C’est long 10 heures sur l’eau. Je n’en ai pas le plus petit doute : je serai prêt. J’espère trouver de bonnes conditions. J’ai la grande chance de bénéficier des connaissances et des conseils de 2 éminents spécialistes qui vont me faire des prévisions quotidiennes et m’indiquer LE BON JOUR pour me lancer dans cette grande traversée. J’ai nommé mon camarade Marc Bourgeois, Professeur à l’Université de Bruxelles et Wim De Troyer, météorologue belge qui collabore avec mon ami Bertrand Piccard sur son projet Solar Impulse.

La zone de convergence intertropicale longe tout l’équateur et se manifeste sous la forme d’une ligne de cumulonimbus pouvant atteindre plus de 50’000 pieds. Les turbulences à l’intérieur de ces nuages sont si violentes que même les avions de ligne les évitent et vont parfois jusqu’à parcourir plus de 400 km afin de les contourner. Il convient donc de trouver un jour où ces nuages seront un peu espacés afin que je puisse me faufiler entre.

Je longe toute la côte marocaine. J’ai quitté Canaria contrôle qui m’a demandé de contacter Casablanca mais je ne les capte pas. Je demande à un avion de faire le relais et de les informer que tout va bien. Je passe travers Agadir. Un peu plus loin  je suis à seulement une heure d’Essaouira. Je survole un bateau qui navigue à une vitesse impressionnante. Je vous ai fait une photo, elle est nulle je sais, j’étais trop haut malgré le zoom. C’était assez fou de voir ce bateau en pleine mer allant si vite. Comme s’il fuyait. Des trafiquants ?

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Puis c’est Casablanca et l’aéroport de Benslimane où nous avions atterri avec mon ami Bigou en mars 2013 en route pour le cap Vert et où nous avions été retenus durant plus de 7 heures pour nous punir de nous être posé là alors que ce n’était pas vraiment autorisé.

Je n’aurai finalement pas parlé avec les marocains.  A l’approche du continent, le vent diminue et ma vitesse augmente. Je suis à 280 km/h. Je parviens à entrer en contact avec Faro approche. Durant ce vol j’ai commencé la rédaction de cet article, écrit des mails et j’ai somnolé quelques petites minutes. Le temps a passé relativement vite. Afin de vérifier que tout fonctionne parfaitement, j’ai fait un appel avec mon téléphone satellite pour lequel j’ai dû prendre un nouveau forfait et une nouvelle SIM card. Tout est ok.

Je rejoins la côte. Il me reste 1h35. Comme annoncé le vent forcit à plus de 70 km/h. Alors que la couche était bien soudée sur une grande partie du vol, plus je m’approche et plus elle s’éclaircit jusqu’à disparaître complètement.

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Personne ne répond à Casarrubios. Je fais une verticale puis un vent arrière main droite pour la 26. 6h30 de vol. Je stationne devant les bureaux. On m’accueille très gentiment. Je fais les pleins de 95 et paie mes taxes et ma nuit (15 €) afin d’être prêt à repartir rapidement demain matin. J’ai même droit à une place dans un hangar fermé !

Je prends ma voiture de location et rejoins le centre de Madrid où j’ai réservé un hôtel. 20 minutes de route. J’avais demandé que mes affaires y soient livrées mais ce n’était, paraît-il, pas possible. Demain matin les bureaux ouvrent à 9 heures. J’y serai à 8h50 puis je repartirai pour les Canaries. Je viens de déposer mon plan de vol pour mercredi pour le Cap Vert. Je m’arrêterai une nuit à Sal où j’ai des connaissances en vacances à qui je vais rendre visite. Dès jeudi soir je serai à Praia sur le pied de guerre et prêt à partir dès le lendemain si les conditions devaient le permettre. J’ai fait venir un fût de 200 litres d’Avgas depuis Dakar en avion privé. Je n’avais pas d’autres solutions. On m’a fait parvenir un certificat d’analyse de l’essence au Cap Vert. Je l’ai envoyé chez Rotax, le fabricant du moteur. La réponse a été catégorique. N’utilisez pas cette essence !

J’ai déposé une autorisation pour un stop au Brésil. Il n’était là plus question de Certificate of Airworthiness. Je suis sensé quitter le territoire directement par la suite. Mon ami Tony sera à Natal dès le 23 pour faire quelques étapes avec moi. Il va négocier pour nous et ce n’est pas un tendre. Je vais renvoyer mon réservoir supplémentaire en Suisse car je n’en aurai plus besoin. Je m’arrangerai pour le faire dégazer afin d’éviter de nouveaux problèmes et je ferai envoyer des affaires par poste ou avion jusqu’à Rio afin d’avoir la place nécessaire pour mon passager. J’ai bien l’intention de faire le trajet prévu au Brésil. Quelques billets de 100 $ devraient convaincre ces sympathiques fonctionnaires. La corruption a parfois du bon.