Samedi 1er novembre 2014.
Bellegarde – Tojeira / 1483 km.
C’est le grand jour, le jour du départ. Durant ce dernier mois je n’ai pas pris une seconde pour penser à ce que j’allais vivre. J’ai pris la décision de faire ce voyage rapidement, presque un peu sur un coup de tête. Mon tour de l’Afrique tombait à l’eau. Je n’avais pas envie de passer l’hiver à Genève. Repartir en Asie ?  J’avais envie de changer, de voir de nouvelles choses. J’ai de toutes les façons le souhait de tout voir, de survoler chaque pays de notre belle planète. Je ne me lasse pas de voler et je suis super content de découvrir l’Amérique dans ces conditions, aux commandes de mon bébé. Ça va être exceptionnel.

Je me suis donc lancé à fond dans les préparatifs de ce très long voyage. Il est évident que je n’ai fait que le strict minimum et que le temps de préparation (1 mois) fut beaucoup trop court. Les premières conséquences se font d’ailleurs déjà sentir. Il y a 2 semaines, je me suis inscrit sur le site de l’aviation civile  brésilienne où l’on m’a informé dix jours plus tard que je devais impérativement présenter un Certificate of Airworthiness pour qu’on me laisse pénétrer sur le territoire brésilien.
Le problème c’est que la France n’émet pas de Certificate of Airworthiness pour les ULMs. J’en ai encore eu la confirmation en appelant la DGAC à Paris vendredi après-midi. La personne avec qui j’ai parlé m’a promis de trouver une solution. J’ai parallèlement demandé à Aérospool, le fabriquant de ma machine, s’ils pouvaient me fournir un Certificat de conformité car cela aiderait Paris à établir un document ressemblant à un Certificate of Airworthiness qui soit satisfaisant pour les brésiliens. J’ai d’ailleurs appris que de très nombreux pays d’Amérique latine exigeaient ce fameux certificat. Ce qui est étonnant c’est que l’on ne m’a pas réclamé une seule fois ce document lors de mon voyage vers les Marquises alors que j’ai quand même traversé 32 pays.
Mon ami Tony qui vit à Rio me parle de la lourdeur de la bureaucratie brésilienne et me dit de ne pas me faire du souci alors je ne m’en fais pas. Plus sérieusement, je pense que le document que la DGAC va faire me permettra d’obtenir le fameux sésame pour l’entrée au Brésil.

J’arrive à l’aérodrome à 8h30. Je prépare ma machine, fais les pleins puis accueille mes filles et quelques amis venus me dire au revoir. Je suis bien chargé !!!

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Mes 3 filles.

Après avoir embrassé tout le monde, je mets en route à 11 heures et décolle 5 minutes plus tard. Je fais un dernier passage à basse altitude puis prends mon cap direction sud ouest. André m’accompagne très gentiment aux commandes de sa machine avec Anne pour prendre quelques photos.
Je les quitte rapidement pour contacter Lyon et activer mon plan de vol. Le temps est magnifique. Je pense à Marc qui souhaitait nous rejoindre à Bellegarde mais qui est bloqué à Chalon sur Saône sous un épais brouillard.
Le vent vient de travers droite, mon bébé file à 260 km/h. J’admire la diversité des paysages.

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Vers Biarritz le temps se couvre et le vent forcit à plus de 60 km/h plein face.

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Ma vitesse chute à 225.

Je passe avec Madrid contrôle qui ne trouve pas mon plan de vol. Je dois donner toutes les informations nécessaires afin d’en faire un nouveau.
Le temps passe lentement. J’ai déjà perdu l’habitude de faire de longs vols. Je commence la rédaction de cet article. Je survole Valladolid. J’ai les yeux qui se ferment tout seuls. Je m’endors quelques minutes et suis réveillé en sursaut par le contrôle qui m’appelle pour un changement de fréquence. J’arrive au Portugal. Il me reste 1h15 de vol.

J’ai choisi d’aller me poser sur un petit terrain au nord de Lisbonne car c’est là qu’est basé mon ami Ricardo, propriétaire d’un WT9 et commandant de bord sur Airbus 330 auprès de la TAP.

Le vent forcit encore à 70 km/h toujours plein face. Ma vitesse baisse de concert. Le ciel est d’abord très couvert puis se dégage pour faire place à un soleil généreux à l’approche de la côte.

J’ai égaré le petit papier sur lequel j’avais inscrit la fréquence radio et les axes de piste de Tojeira. Je demande au contrôle s’ils ont la gentillesse de me les communiquer. Un peu touriste Guilloud !

Je suis fatigué. Cela fait 3 jours que je dors une moyenne de 4 heures par nuit. Dans un état second j’entends soudain à la radio : Welcome to Portugal Eric. Je ne réalise pas tout de suite, je me dis que je rêve. Puis la voix ajoute : it’s Ricardo. Je sursaute, oui c’est bien à moi que l’on s’adresse. Je me demande par quel miracle mon ami me parle sur la fréquence de Lisbonne contrôle. Encore surpris, je me contente de répondre : Ehhhh, thank you. Je suis à 4 minutes de ma destination, je demande à changer de fréquence. Je retrouve Ricardo qui m’indique que c’est la 35 qui est en service. 5h30 de vol. Je me pose 2 minutes plus tard et suis accueilli très chaleureusement par le propriétaire du site et plusieurs membres dont un commandant de bord d’Air France de la même année que moi qui va prendre sa retraite dans 2 mois et se fixer dans la région. Est également présent un élève pilote qui n’a pas encore sa licence mais qui vient de commander un Dynamic neuf qui lui sera livré en avril. Tout le monde parle le français. L’ambiance est très sympathique.

On m’a très gentiment fait une place dans un hangar. Nous passons la soirée ensemble et je vous laisse deviner de quoi nous avons parlé.

Ci-dessous une petite vidéo faite par mon ami Didier. Merci Didier pour tout ton travail.